Chers membres, chers lecteurs,
Il n’est pas trop tard pour vous présenter mes meilleurs vœux.
La mémoire de Maurice Barrès s’est rappelée à nous ces derniers jours à la faveur de deux événements inattendus survenus dans le monde et que la fréquentation de ses œuvres permet d’éclairer mieux que ce qui s’entend sur de nombreux plateaux ou les réseaux sociaux. Les lecteurs que vous êtes les identifieront aisément.
Le premier concerne la Syrie avec la chute de Bachar-el-Assad. Quel meilleur guide que « Une enquête aux Pays du Levant », réédité en 2005 aux éditions Manucius. Au cours de ce voyage de juin 1914, écrit huit ans plus tard et à peine achevé à la veille de sa mort en décembre 1923, Barrès visite Damas, Homs, Hama, Tartous, Alep, Antioche. Il franchit l’Euphrate et ce qui est devenu après la chute de l’empire ottoman la frontière syro-turque aujourd’hui disputée à Djérablous.
Je ne résiste pas à attirer l’attention sur sa rencontre à Damas avec l’Emir Omar ben Abdel-Kader, fils du fameux émir algérien (et non petit-fils comme indiqué dans l’édition quoique à un autre endroit Barrès parle de « son père ») qui résida à Damas de 1855 à sa mort en 1883. Les deux hommes se rendent sur sa tombe sur les hauteurs de Damas (le corps sera transféré à Alger seulement en 1965) puis encore ensemble chez les Franciscaines de Marie. « J’exprime à l’émir Omar l’admiration que m’inspire une vie de soldat et de philosophe, éclatante de gloire et terminée dans la prière ». Ce chapitre entier est à verser au dossier d’Abd-el-Kader qui apparemment est un des volets de la relation compliquée entre Paris et Alger.
« Depuis ces heures charmantes, que je me rappelle avec tant de plaisir, mon pauvre ami a été pendu. »
Le « pauvre ami » de Barrès a en effet été pendu à Damas le 6 mai 1916 par le gouverneur ottoman le terrible Djemal Pacha qui y faisait régner la terreur pendant la première guerre mondiale.
Second événement, plus anecdotique, le soudain emballement autour de la cession de la zone du canal de Panama par les Etats-Unis en 1999 et désormais revendiqué par Donald Trump au motif notamment
que tant d’Américains avaient perdu la vie durant sa construction. Sur un plateau, une bonne journaliste française a justement fait remarquer ce que le Canal de Panama devait à un Français, Ferdinand de Lesseps. Ce qui nous ramène au « scandale de Panama » (1892-1893) qui a lancé la carrière politique de Maurice Barrès et lui a fourni la matière du second tome de sa trilogie des « Déracinés » : « Leurs figures » ressurgit ainsi d’un passé où on le croyait à jamais enfoui.
Actualités :
France-Culture, dans l’émission philosophie du matin de 10h à 11h, a consacré une semaine aux « sources du conservatisme » : Maistre et Bonald le lundi 9, puis Edmund Burke le 10, suivi le 11 décembre de Maurice Barrès, avec Emmanuel Godo, et conclu le 12 par Charles Maurras, avec Olivier Dard. Si le dernier a été épargné, en revanche le précédent a été passablement étrillé. Au nom de la Société, j’ai exprimé à notre ami Emmanuel Godo notre sympathie et notre soutien. Il n’a pas caché avoir été passablement « agacé de devoir sempiternellement jouer le rôle d’avocat. C’est à la fois nécessaire et…usant » .
Parmi les réactions à ce message, notre ami Stéphane Giocanti, biographe de Charles Maurras et de Pierre Boutang, nous a fait part de sa propre expérience d’ostracisme et d’exil intérieur à la suite du choix de son sujet de thèse sur l’œuvre – littéraire – (souligné) du premier. S’agissant de Barrès, je veux partager son témoignage :
« Pour l’année Barrès, j’ai donné à une classe de Première un extrait de « la Colline inspirée » : le passage en question, portant essentiellement sur le sentiment religieux qu’éveillent les lieux sacrés, s’est révélé « inspirant » comme on dit actuellement, comme quoi nos pauvres élèves, ou certains parmi eux, sont susceptibles de découvrir et d’aimer. »
Signalons son récent ouvrage sur « la Commune de Paris. Une investigation politique et historiographique », paru aux éditions de Flore, 2024.
Publications :
« Maurice Barrès. Le cœur, la terre, la mort », de Pierre Bénard, éditions Portaparole, Novembre 2024, 107 pages.
Je recommande vivement ce que l’auteur présente comme une forme de « testament » personnel, fruit de toute une vie d’étude consacrée à Maurice Barrès commencée par une thèse d’Etat à Paris IV- Sorbonne soutenue en juin 1987 et poursuivie dans pas moins de neuf articles de revues scientifiques.
« Une infinie complaisance pour les dieux de l’âme et de la nature habite encore le fond de nos cœurs » (Maurice Barrès). La citation figure en 4e de couverture.
Pierre Bénard est connu pour ses chroniques sur la langue française au « Figaro » (1997-2006) et sur la radio canal-académies. Il co-préside la société de protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF) et co-rédacteur-en-chef de la revue « sites et monuments ». Il est également le très populaire expert en tintinologie (son dernier ouvrage consacré à la Castafiore et le prochain en mars à Haddock).
Nous l’accueillons avec joie parmi nous.
Vie de la Société :
La Société a tenu son assemblée générale statutaire le mercredi 25 septembre 2024 à 18h 30 suivie d’une conférence dînatoire. Nous avons reçu à cette occasion Mme Estelle Anglade-Trubert, autrice de « Maurice Barrès, un destin solitaire », paru aux éditions du Cerf, 2023, qui y avait consacré sa thèse.
L’orateur était notre ami Arnaud Teyssier qui nous a donné la primeur de son « de Gaulle, la grandeur et l’angoisse » qui venait de paraître chez Perrin dans les jours précédents. Son propos était centré sur l’influence de Maurice Barrès sur le Général.
Le compte-rendu de l’assemblée vous parviendra séparément.
Le 2 novembre, la mairie de Charmes a, comme chaque année, honoré la mémoire de Maurice Barrès. Une gerbe a été déposée par notre ami Grégoire Eury. Qu’il soit remercié de sa fidélité.
Dominique DECHERF
Ancien ambassadeur de France

