Maurice Barres
Société des lecteurs de Maurice Barres

L’amitié Barrès

4 décembre 2023

Conférence de M. Emmanuel Godo,
Professeur de littérature au lycée Henri-­‐IV,
Auteur de Maurice Barrès, le grand inconnu (Tallandier, 2023)

Monsieur le Président, mesdames et messieurs, chers amis,

nous qui sommes réunis ce soir par l’amour commun que nous portons à l’œuvre de Maurice Barrès, même si nous ne nous connaissons pas ou peu, nous savons que nous sommes liés par un sentiment très délicat, complexe et néanmoins très fort. Nous avons, pourrions-­‐nous  dire,  un  ami  commun.  Et  quel  ami !  l’un  des  plus  grands  écrivains  de  notre langue, que le présent paresseux se plaît à réduire à trois étiquettes commodes pour  s’éviter  de  le  lire.  Et  sans  doute  pour  s’éviter  de  se  lire  à  travers  lui.  D’être  débusquée dans son incurable petitesse. Barrès est un ami en somme qu’il nous faut, encore  et  toujours,  défendre  contre  les  goujats,  contre  les  barbares  qui,  aujourd’hui  comme hier, ont la prudhommie ronflante de certitudes. Barrès le savait bien, il nous avait prévenus et nous sommes, vous et moi, prêts à relever ce défi : maintenir la flamme barrésienne, son infatigable quête d’énergie, contre les tiédeurs et les conformismes de la bien-­‐pensance, cet éteignoir des enthousiasmes.

Aussi ne perdrai-­‐je pas de temps à rappeler les vertus de notre ami commun : vous les  connaissez  autant  que  moi,  vous  qui  aimez  le  lire,  qui  puisez  dans  son  œuvre  les  ressorts de ce qui lui-­‐même nommait le sursum corda. C’est-­‐à-­‐dire de quoi nourrir notre âme et de nous faire de l’existence une vision haute et juste. Aussi haute que juste. Je me contenterai ce soir de redire quelle place occupe, dans sa vie, sa pensée et son œuvre, politique et littéraire, la notion si vivante d’amitié. Car tout est conçu, chez lui, pour se transformer  en  action,  en  attention  combative,  en  force  pour  nous  faire  grandir.  Rarement un écrivain aura eu autant que Barrès le souci de son lecteur, sans surplomb, sans chercher à exercer sur lui un magistère écrasant, toujours, au contraire, à hauteur d’homme.

Les maîtres mots de sa pensée politique n’ont jamais rien de systématique ou de fermé : ce sont des mots que chacun peut prendre dans son destin comme dit le poète.

L’un est très beau, il se nomme biographie. J’aurais pu lui consacrer cette causerie1. C’est avec  lui  que  Taine,  dans  Les  Déracinés,  éveille  Rœmerspacher  à  la  leçon  muette  du  platane des Invalides : « Sentez-­‐vous sa biographie ? Je la distingue dans son ensemble puissant et dans chacun de ses détails qui s’engendrent. Cet arbre est l’image expressive d’une belle existence. Il ignore l’immobilité. Sa jeune force créatrice dès le début lui fixait sa destinée, et sans cesse elle se meut en lui »2. Le rapport à la nation est toujours chez Barrès  un  rapport  personnel,  une  histoire  singulière,  Daniel  Rondeau  en  témoigne  magnifiquement dans son dernier livre, Ma Champagne, mon pays3. Et celui qui vous parle  ce  soir  sait,  comme  chacun  d’entre  vous,  d’où  il  vient,  quel  est  son  paysage  fondateur – en l’occurrence, pour moi, le Vexin français, le village de Chaumont-­‐en-­‐Vexin où dorment de leur repos éternel mon père et ma mère.
Barrès s’est toujours méfié des grands mots, des idéalités qui gomment, dans leur universalité  tapageuse,  ce  qu’il  y  a  de  personnel  et  de  biographique,  d’infalsifiable  pourrait-­‐on dire, dans les trajectoires qui nous conduisent à nous reconnaître français. C’est toujours par des acheminements uniques que nous pouvons nous dire appartenir à ce  pays,  la  France,  par  des  drames  irréductibles,  des  patiences  et  des  conquêtes  intérieures dont nous sommes, chacun, le nom et le visage.
Il ne serait pas abusif d’affirmer que l’amitié est le substantif qui résume le mieux le  projet  de  Barrès.  Dans  Les  Amitiés  françaises,  en  1903,  il  prend  soin  de  distinguer  l’amitié de la solidarité ou de l’affinité, la solidarité qui est l’une des formes de la charité chrétienne, l’affinité une forme de « déterminisme psychologique » qui nous rapproche de nos semblables. Mais l’amitié se situe, elle, à la croisée de la tendresse et du respect : « Entre  un  jeune  Lorrain  conscient  et  sa  vallée  de  la  Moselle  (pays  chargé  de  la  plus  incontestable noblesse historique) il y a autre chose qu’une solidarité, autre chose qu’une affinité : il y a une AMITIÉ »4.

Quand on éprouve de l’amitié pour un paysage ou un pays, on est plus enclin à en prendre soin, à ne pas le détruire, en fausser l’esprit. « Comme on dit quelque fois qu’il y a  de  l’amitié  entre  le  fer  et  l’aimant,  on  peut  supposer,  d’une  manière  analogue,  une amitié entre un homme aimanté (par son éducation) et le sol, la classe de ses pères »5. Cette  amitié  pour  l’héritage,  le  legs  des  siècles,  la  tradition,  l’histoire  est  une  boussole  pour orienter l’enfant ou le jeune homme dans sa construction – Barrès s’adresse dans Les Amitiés françaises à son fils Philippe : « Viens donc, Philippe, sur la vie, comme nous avons fait tous. Les plus sûres amitiés guident tes pas et sur tes yeux mettent d’abord leurs  douces  mains »6.  Ces  sûres  amitiés,  ce  sont  celles  des  paysages  français,  des  grandes figures de l’histoire, des écrivains présentés non comme des autorités intimidantes  mais  bien  comme  des  compagnons,  des  guides  comme  Virgile  en  est  un  pour Dante sur les chemins de la vie spirituelle. Comme Montaigne, Rabelais, Pascal, Chateaubriand,  Bossuet,  tant  d’autres  sont  prêts  à  l’être,  pourvu  qu’on  se  souvienne  qu’ils existent.

L’amitié, Barrès l’a pratiquée aussi en politique, c’est la leçon qu’il tire de la guerre de  14-­‐18  et  de  l’Union  sacrée.  Je  cite  dans  mon  livre  Barrès,  le  grand  inconnu7,  cette  anecdote : en octobre 1914, dans L’Écho de Paris, Barrès interpelle le maire du premier arrondissement, Léopold Goirand, au sujet des « enfants qui vont pieds nus ». On refuse à  des  mères  dont  le  mari  est  à  la  guerre  de  donner  des  chaussures  à  leurs  enfants  au  prétexte qu’ils vont à l’école libre et non à l’école laïque. Barrès et Goirand sont adversaires politiques mais le mot d’adversaire ne tient plus devant le malheur de ces enfants.  Le  temps  n’est  plus  aux  querelles  d’avant  la  guerre :  « Nous  sommes  des  Français, écrit Barrès. Nous sommes des amis. Et si je porte la question en plein air, ce n’est pas dans un esprit de polémique »8. Cette phrase est extraordinaire. Nous sommes des Français, nous sommes des amis : c’est un principe qui le guide en politique, même au plus fort des combats – je cite pour mémoire son rapport à Blum ou Jaurès et cette note, moins  connue,  de  Scènes  et  doctrines  du  nationalisme,  en  1902 ;  alors  que  l’Affaire  Dreyfus est loin d’être terminée, Barrès dessine déjà la perspective d’un dépassement du conflit :  « Eh !  je  le  sais  bien  qu’il  faudrait  incorporer  dreyfusisme  et  antidreyfusisme  dans un type supérieur ; qu’il faudrait sauver ce qu’il y a de chevaleresque français chez le  dreyfusien  de  bonne  foi ;  qu’il  faudrait  systématiser  cette  double  tendance,  et  puis coordonner,  s’il  est  possible,  ces  éléments  d’abord  contradictoires  dans  un  idéal  commun ! »9.
C’est à ce prisme de la réconciliation et de l’amitié que Barrès lit la Grande Guerre : « La  France,  un  instant,  s’est  révélée  comme  une  grande  amitié »  note-­‐t-­‐il  dans  ses  Cahiers. L’Union sacrée rend possible ce qu’il nomme « l’amitié des tranchées », titre du quatrième volume de L’Âme française et la guerre en 1916. Cette amitié va au-­‐delà de la camaraderie ou de la solidarité, là encore. Comme il l’écrit dans un article du 31 mars 1915 : « L’amitié des tranchées doit survivre à la guerre »10.
Aux  yeux  de  Barrès  Les  diverses  familles  spirituelles  de  la  France,  en  1917,  ont  justement pour but de permettre à l’amitié des tranchées de devenir le paradigme de la nation renouvelée dans ses liens qui sortira de la guerre. L’ouvrage met à l’honneur ce sentiment comme la quintessence même de la politique : « L’armée est pleine d’amitiés, pleine  de  petits  groupes  de  deux  soldats,  de  quatre,  ou  davantage,  qui  ne  se  quittent  jamais » 11: amitiés de pays, d’habitude ou d’attraction, elles ne s’établissent pas sur des idées ou des théories. Barrès ne sait que trop, c’est sa conviction depuis toujours, qu’une nation  ne  peut  être  régie  par  des  abstractions  mais  par  des  liens  affectifs :  « Nous  sommes des familles diverses, mais alliées, parentes, où circule un même sang, et souvent, nous avons dans l’âme, à notre insu, ce que nous contredisons dans les âmes voisines ».12

Cette amitié, Barrès n’a cessé de l’exercer et de lui donner corps en accompagnant le  « départ  pour  la  vie »  d’un  nombre  considérable  de  jeunes  gens,  de  Garabed  l’Arménien à Ernest Psichari, de Pierre Bucher à Jean de Tinan ou François Mauriac. Un pays,  dit-­‐il,  a  besoin  d’intercesseurs,  de  médiateurs  entre  l’individu  et  la  communauté  nationale. Ce sont des « sublimes éducateurs » comme il les nomme dans un article de La Cocarde13.  Lui-­‐même,  dans  Un  homme  libre,  a  dit  l’importance,  pour  une  jeune  conscience, de ces intercesseurs – Benjamin Constant, Sainte-­‐Beuve, Ignace de Loyola – comme des adjuvants maïeutiques rendant possible la naissance de ce dieu intérieur, le moi, capable de créer l’univers. Ces intercesseurs sont des princes ou des saints, « des hommes qui ont réuni un plus grand nombre de sensations que le commun des êtres »14.

Barrès  a  assumé,  toute  sa  vie,  de  jouer  ce  rôle,  de  prince  de  la  jeunesse,  de  professeur d’énergie. Sans jamais attendre quoi que ce soi en retour. Avec une générosité  rare.  Et  une  connaissance  intime  des  pièges  qui  guettent  le  jeune  homme  dans son acheminement. Je cite l’article du 21 mars 1910 à propos des Mains jointes le recueil de poèmes de Mauriac : « Qu’adviendra-­‐t-­‐il de la charmante source ? On ne goûte rien que de pur dans ses premiers bouillonnements. Quand elle va courir loin de l’ombre qui  la  protège,  elle  reflètera  beaucoup  de  visages  et  subira  plus  d’un  mélange.  L’adolescent perdra son âge aimable et sûr de plaire. Saura-­‐t-­‐il mûrir ? C’est là le grand problème.  « Mûrir,  mûrir ! »  disait  Sainte-­‐Beuve,  « on  durcit  à  certaines  places,  on  pourrit à d’autres : on ne mûrit pas… » Quelle affreuse boutade mais dont l’expérience de la vie, trop souvent, justifie la cruauté ! Il faut quitter d’un pas assuré notre jeunesse et trouver mieux. Ce n’est pas bien malin d’être une merveille à vingt ans ! Le difficile est de se prêter au perfectionnement de la vie et de s’enrichir d’elle à mesure qu’elle nous arrache ses premiers dons »15.

En écrivant ces lignes, Barrès se souvient sans doute de sa première grande amitié – celle de Stanislas de Guaita, mort en 1898, à 36 ans. Ce qu’a pu être cette amitié, nous en avons une idée précise dans le portrait si beau et si mélancolique que Barrès brosse de son ami défunt dans Amori et dolori sacrum, en 1903, évoquant leur rencontre au lycée de Nancy : « Dans une règle monotone, parmi des camaraderies qui fournissent peu et un enseignement qui éveille sans exciter […] quel noble compagnon, éblouissant de loyauté et de dons imaginatifs ! Nous le vîmes plus tard corpulent, un peu cérémonieux, avec un regard autoritaire ; c’était alors le plus aimable des enfants, ivre de sympathie pour tous les êtres et pour la vie, d’une mobilité incroyable, de taille moyenne, avec un teint et des cheveux de blond, avec des mains remarquables de beauté. Dès 1878, je ne suis plus seul dans l’univers ; mon ami et ses maîtres s’installent dans mon isolement qu’ils ennoblissent. Telle est l’origine du sentiment qui me liait à Stanislas de Guaita, lequel vient de mourir, âgé de trente-­‐six ans. Nous nous sommes aimés et nous avons agi l’un sur l’autre dans l’âge où l’on fait ses premiers choix libres »16.  Mon  ami  et  ses  maîtres  –  les  génies  de  la  prose  et  de  la  poésie,  Gautier,  Baudelaire, Flaubert, la légendaire chambre aux deux cents poètes : « Voilà, conclut Barrès, le temps d’où je date ma naissance »17. Un ami n’est pas seulement un autre soi-­‐même mais quelqu’un qui nous aide à naître.

Nous  qui  sommes  lecteurs  de  Barrès,  amateurs  d’âme  et  d’idéologie  passionnée,  nous savons d’expérience quel puissant adjuvant constitue la lecture d’un tel auteur. Nous  y  puisons  une  énergie  et  une  confiance  sans  pareilles.  Barrès  ne  nous  demande  jamais de nous enrégimenter à quelque doctrine que ce soit. Il nous veut des hommes libres,  soit  ce  qu’il  y  a  de  plus  exigeant  dans  un  monde  qui  a  une  peur  panique  de  la  singularité et surtout de l’autonomie des individus. « L’éducation de l’âme, c’est la grande affaire qui m’a préoccupé et attiré toute ma vie » écrit Barrès dans Une Enquête aux  pays  du  Levant  en  1923.  En  écrivant  cette  phrase,  Barrès  établit  un  lien  avec  Un  homme libre et formule de façon synthétique le sens de toute son œuvre : « Il s’agit pour chacun  de  nous  qu’il  trouve  en  soi  la  source  cachée  de  l’enthousiasme.  Il  s’agit  que  chacun devienne lui-­‐même à la plus haute puissance ». Puisse ce projet ambitieux animer les travaux de notre Société de lecteurs18.

Nous qui vivons dans un pays et un monde qui vont mal, nous savons de quelles ressources  la  pensée  et  l’œuvre  de  Barrès  sont  porteuses.  L’amitié  fait  défaut  à  notre  présent. On connaît le mot de Marcel Jouhandeau : « Une époque médiocre se devait de rejeter  Barrès  et,  vu  le  mauvais  chemin  où  s’engage  l’humanité  je  doute  fort  qu’on  revienne à lui jamais ».19 Je souhaite, de tout cœur, que notre Société de lecteurs fasse mentir ou aide, du moins, à faire mentir cette sombre prophétie. En tout cas, l’œuvre de Barrès  n’est  pas  de  nature  à  se  laisser  impressionner  par  les  défis  politiques  et  spirituels. Elle a été façonnée pour sortir ceux qui la lisent et la méditent des disettes morales les plus vertigineuses. Barrès à propos de la fresque de Delacroix « la Lutte de Jacob avec l’ange » à Saint-­‐Sulpice, non loin d’ici, nous a confié le secret du rapport que nous  pouvons  entretenir  avec  les  grandes  œuvres :  « Nous  n’exagérons  jamais  en  prêtant un sens illimité aux œuvres des génies »20.

Je terminerai cette réflexion sur l’amitié en reprenant les mots par lesquels Barrès ouvre  sa  conférence,  « L’Angoisse  de  Pascal »,  les  3  et  8  mars  1909  à  l’Université  des  Annales : « Il y a certains auteurs, Corneille et Pascal, au premier rang, que nous étudions non pas seulement pour nous y plaire, mais pour devenir meilleurs. Cela tient à la grandeur de leur âme ».21
Nous savons, vous et moi, quelle fut la grandeur d’âme de Barrès.
Grandeur d’âme intacte, communicative, l’enchanteur nous en lègue des fragments dès que nous ouvrons l’un de ses livres. Vous reconnaîtrez la page, elle est fameuse entre toutes :
« -­‐  Je  suis,  dit  la  prairie,  l’esprit  de  la  terre  et  des  ancêtres  les  plus  lointains,  la  liberté, l’inspiration.
Et la chapelle répond :
-­‐  Je  suis  la  règle,  l’autorité,  le  lien ;  je  suis  un  corps  de  pensées  fixes  et  la  cité  ordonnée des âmes.
-­‐ J’agiterai ton âme, continue la prairie. Ceux qui viennent me respirer se mettent à poser des questions. Le laboureur monte ici de la plaine, le jour qu’il est de loisir et qu’il désire contempler. Un instinct me l’amène. Je suis un lieu primitif, une source éternelle.
Mais la chapelle nous dit :
-­‐  Visiteurs  de  la  prairie,  apportez-­‐moi  vos  rêves  pour  que  je  les  épure,  vos  élans  pour que je les oriente. C’est moi que vous cherchez, que vous voulez à votre insu. Qu’éprouvez-­‐vous ?  Le  désir,  la  nostalgie  de  mon  abri.  Je  prolonge  la  prairie,  même  quand elle me nie. J’ai été construite, à force d’y avoir été rêvée. Qui que tu sois, il n’est en toi rien d’excellent qui t’empêche d’accepter mon secours. Je t’accorderai avec la vie. Ta liberté, dis-­‐tu ? Mais comment ma direction pourrait-­‐elle ne pas te satisfaire ? Nous avons été préparés, toi et moi, par tes pères. Comme toi, je les incarne. Je suis la pierre qui dure, l’expérience des siècles, le dépôt du trésor de ta race. Maison de ton enfance et de  tes  parents,  je  suis  conforme  à  tes  tendances  profondes,  à  celles-­‐là  même  que  tu  ignores, et c’est ici que tu trouveras, pour chacune des circonstances de ta vie, le verbe mystérieux,  élaboré  pour  toi  quand  tu  n’étais  pas.  Viens  à  moi  si  tu  veux  trouver  la  pierre de solidité, la dalle où asseoir tes jours et inscrire ton épitaphe.
Éternel dialogue de ces deux puissances ! À laquelle obéir ? Et faut-­‐il donc choisir entre  elles ?  Ah !  plutôt  qu’elles  puissent,  ces  deux  forces  antagonistes,  s’éprouver  éternellement, ne jamais se vaincre et s’amplifier par leur lutte même ! Elles ne sauraient  se  passer  l’une  de  l’autre.  Qu’est-­‐ce  qu’un  enthousiasme  qui  demeure  une  fantaisie individuelle ? Qu’est-­‐ce qu’un ordre qu’aucun enthousiasme ne vient plus animer ? L’église est née de la prairie, et s’en nourrit perpétuellement, – pour nous en sauver. »22
Sous  le  signe  de  ce  dialogue,  de  cette  amitié  dialoguante  entre  deux  forces  contraires, je souhaite longue et fructueuse vie à cette Société des lecteurs de Maurice Barrès.

Je vous remercie.

Maurice Barrès, le grand inconnu (Tallandier, 2023)

  1. « Nationalisme, régionalisme trop souvent demeurent des théories. Je les ferai sentir non point comme des doctrines, mais comme des biographies, nos biographies à nous tous Français », Scènes et doctrines du nationalisme, 1902, in L’Œuvre de Maurice Barrès, tome V, Au Club de l’Honnête Homme, 1966, p.24. ↩︎
  2. Maurice Barrès, Les Déracinés, tome III, ibid. p.152. ↩︎
  3. Daniel  Rondeau,  Ma  Champagne,  mon  pays,  éditions  des  équateurs,  2023.  Quoi  de  plus  barrésien  que  l’incipit de ce livre ? « Par la terre et le sang, je suis Champenois de nation, comme disait dom Mabillon » (p.11). ↩︎
  4. Maurice Barrès, Les Amitiés françaises, tome V, ibid., p. 480. ↩︎
  5. Maurice Barrès, Les Amitiés françaises, tome V, ibid., p. 480 ↩︎
  6. Maurice Barrès, Les Amitiés françaises, tome V, ibid., p.564 ↩︎
  7. Emmanuel Godo, Barrès, le grand inconnu, Tallandier, 2023 ↩︎
  8. Maurice Barrès, « Pour les enfants qui vont pieds nus », L’Écho de Paris, 23 octobre 1914. ↩︎
  9. Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme, tome V, op.cit., p. 24. ↩︎
  10. Maurice Barrès, L’Âme française et la guerre, tome IV, L’Amitié des tranchées, Émile-­‐Paul, 1916, p.122. ↩︎
  11. Maurice Barrès, Les Diverses familles spirituelles de la France, tome VIII, op.cit., p.329. ↩︎
  12. Maurice Barrès, Les Diverses familles spirituelles de la France, tome VIII, ibid., p.376. ↩︎
  13. Maurice Barrès, La Cocarde, sans date précisée, in Henri Clouard, La « Cocarde » de Barrès, Nouvelle librairie nationale, 1910, p. 74. ↩︎
  14. Maurice Barrès, Un homme libre, tome I, op.cit., p.182. ↩︎
  15. Maurice Barrès, cité par François Mauriac, La Rencontre avec Barrès, La Table ronde, « Le Choix », 1945, p.88. ↩︎
  16. Maurice Barrès, Amori et dolori sacrum, tome VII, op.cit., p.61. ↩︎
  17. Maurice Barrès, Amori et dolori sacrum, tome VII, ibid., p.62. ↩︎
  18. Maurice Barrès, Une enquête aux pays du Levant, tome XI, ibid., p.106. ↩︎
  19. Cité par Jean-­‐Marie Domenach, Barrès par lui-­‐même, Seuil, « Écrivains de toujours », 1954, p.181. ↩︎
  20. Maurice Barrès, Le Mystère en pleine lumière, tome XII, op.cit., p.233. ↩︎
  21. Maurice Barrès, Les Maîtres, tome XII, ibid., p. 54. ↩︎

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